La reconnaissance du manager : le point aveugle du leadership
On parle beaucoup de reconnaissance des équipes.
Mais beaucoup moins de celle du manager.
Pourtant, derrière l’engagement d’une équipe se cache souvent un facteur déterminant : l’énergie et la motivation de celui qui la dirige.
La reconnaissance au travail : une attente forte pour les équipes… et pour les managers
Lorsque vous devenez manager, les conseils ne manquent pas.
On vous explique comment motiver vos équipes :faire des feedbacks réguliers, valoriser les réussites, organiser des moments d’équipe, être à l’écoute, reconnaître le travail accompli.
Les formations en management regorgent de méthodes pour encourager l’engagement des collaborateurs et renforcer la reconnaissance au travail.
Mais une question est rarement posée :
Qui reconnaît le manager ?
Car pour motiver les autres, il faut soi-même avoir de l’énergie, de l’élan, une forme d’adhésion intérieure.
Et cette énergie se nourrit aussi de reconnaissance.
La reconnaissance au travail : un besoin profondément humain
Le besoin de reconnaissance n’a rien d’un caprice.
Il fait partie des besoins humains fondamentaux.
Un enfant montre fièrement un dessin à ses parents et attend leur regard, leurs encouragements, leur sourire.
Dans l’entreprise, le mécanisme est exactement le même.
À chaque niveau de responsabilité, chacun a besoin de sentir que ce qu’il fait compte.
La reconnaissance au travail peut prendre de nombreuses formes :
- un mot sincère
- un message de remerciement
- la confiance accordée sur un nouveau projet
- une invitation à participer à une réunion stratégique
- un signe simple mais visible de considération
Ces gestes peuvent paraître anodins.
Mais leur impact sur l’engagement au travail est considérable.
Le paradoxe du manager face à la reconnaissance au travail
Le manager se trouve souvent dans une position particulière.
Il est celui qui doit créer les conditions d’engagement pour son équipe…
tout en recevant parfois très peu de signes de reconnaissance lui-même.
Quand tout fonctionne, les résultats sont souvent attribués à l’équipe.
Quand les choses se compliquent, le regard se tourne vers le manager.
Avec le temps, certains managers continuent d’assumer leurs responsabilités avec sérieux… mais fonctionnent davantage par devoir que par motivation.
L’énergie intérieure n’est plus tout à fait la même.
Reconnaissance au travail et engagement des équipes : ce que disent les études
Les études sur l’engagement au travail sont très claires.
Selon une étude menée par Gallup,
70 %
de l’engagement d’une équipe dépend directement du manager.
(Source : étude Gallup – lien en fin d’article.)
Autrement dit, le manager joue un rôle déterminant dans la dynamique collective.
Mais un paradoxe apparaît.
Les mêmes études montrent que l’engagement des managers eux-mêmes diminue fortement.
Dans certaines enquêtes récentes, moins d’un manager sur trois se dit réellement engagé dans son travail.
La question mérite alors d’être posée :
Peut-on demander à un manager de nourrir l’engagement des autres… si personne ne nourrit le sien ?
Les signes que la reconnaissance au travail manque au manager
La plupart du temps, ce manque de reconnaissance ne se dit pas ouvertement.
Il s’installe progressivement.
3 signes apparaissent la majeure partie du temps.
- Le manager commence à fonctionner uniquement au devoir.
Il accomplit son travail avec sérieux, mais sans la même énergie qu’auparavant. - Il doute davantage de ses décisions.
Même lorsque les résultats sont là, il a le sentiment de ne jamais en faire assez. - Il se montre plus distant ou plus exigeant avec son équipe.
Non pas par volonté, mais parce que la pression intérieure augmente.
Ces signaux sont souvent silencieux.
Mais ils influencent directement la qualité du leadership.
Comment créer plus de reconnaissance au travail dans son équipe
En tant que manager, vous avez déjà un rôle essentiel dans ce cercle vertueux.
La reconnaissance au travail peut se manifester de manière simple :
- un déjeuner d’équipe
- un mot personnalisé après un projet réussi
- un message pour un anniversaire ou un moment important
- un café partagé pour souligner un travail bien fait
Parfois, un moment informel vaut bien plus qu’un discours officiel.
Inviter un collaborateur à déjeuner pour le féliciter sincèrement permet souvent d’échanger autrement.
C’est aussi dans ces moments-là que l’on découvre beaucoup sur les dynamiques de l’équipe.
Et vous, qui reconnaît votre travail de manager ?
C’est une question que beaucoup de managers n’osent pas poser.
Dans le tourbillon des objectifs, des résultats et des indicateurs, la reconnaissance du travail managérial passe souvent au second plan.
Pourtant, il est possible d’exprimer ce besoin de reconnaissance au travail de manière simple et professionnelle.
Lors d’un échange avec votre hiérarchie, vous pouvez par exemple dire :
« Le dossier X a été mené à bien et j’aurais apprécié un retour de la direction sur ce travail. »
Sans reproche.
Sans accusation.
Simplement en exprimant un besoin de reconnaissance légitime.
Car beaucoup de dirigeants ne mesurent pas toujours l’importance de ces signes… simplement parce qu’ils n’y ont jamais été sensibilisés.
La reconnaissance au travail que le manager doit aussi apprendre à se donner
La reconnaissance venant de l’entreprise est importante.
Mais il existe une autre forme de reconnaissance dont on parle très peu :
celle que le manager se donne à lui-même.
Beaucoup de managers avancent dans leur rôle avec un niveau d’exigence très élevé.
Ils corrigent leurs erreurs.
Ils analysent ce qui pourrait être amélioré.
Ils anticipent les problèmes.
Mais ils prennent rarement le temps de reconnaître ce qui fonctionne.
Un projet mené à bien devient rapidement la norme.
Une situation complexe résolue est déjà derrière eux.
Un conflit apaisé est simplement considéré comme « leur travail ».
Peu à peu, le manager finit par mesurer sa valeur uniquement à ce qui reste à améliorer.
Or, le leadership se construit aussi sur la capacité à reconnaître son propre impact.
Prendre un moment pour se dire :
- cette décision était juste
- cette situation a été bien gérée
- cette équipe a progressé grâce à mon accompagnement
Ce n’est pas un acte d’ego.
C’est un acte de lucidité.
Car un manager qui reconnaît son propre travail développe une posture plus stable, plus sereine, plus incarnée.
Et cette stabilité se ressent immédiatement dans la relation avec les équipes.
Une question essentielle sur la reconnaissance au travail
Avant de chercher la reconnaissance autour de vous, prenez un instant pour vous demander :
Quand avez-vous pris le temps, pour la dernière fois, de reconnaître votre propre travail de manager ?
Beaucoup de leaders avancent en regardant surtout ce qui reste à améliorer.
Les décisions à prendre, les problèmes à résoudre, les résultats à atteindre.
Mais le leadership ne se nourrit pas uniquement de résultats.
Il se nourrit aussi de la conscience de l’impact que vous avez déjà.
Car reconnaître son propre travail n’est pas un acte d’ego.
C’est une manière de rester connecté à ce qui donne du sens à votre rôle.
Et parfois, c’est aussi ce qui permet de retrouver l’énergie de continuer à diriger.
Sources
- Gallup – Managers Account for 70% of Variance in Employee Engagement
https://news.gallup.com/businessjournal/182792/managers-account-variance-employee-engagement.aspx - Gallup – State of the Global Workplace (engagement des managers)
https://www.gallup.com/workplace/349484/state-of-the-global-workplace.aspx
